Sandrine Rousseau : « Il n’y a pas de malaise entre notre parti [Europe Écologie – Les Verts] et Israël »

Figure antiraciste et féministe connue, Sandrine Rousseau était l’invitée du Grand Oral des Grandes Gueules du Moyen-Orient le 23 janvier dernier. Une présence surprenante quand on sait que cette émission a lieu sur la chaîne israélienne I24News qui développe une ligne éditoriale ouvertement d’extrême droite. Des militant·e·s suprémacistes y sont régulièrement invité·e·s, comme Nili Naouri Kupfer ou David Antonelli, et leurs émissions mènent des campagnes de criminalisation de la solidarité avec le peuple palestinien, à l’image de celle menée contre le Collectif Palestine Vaincra. Sandrine Rousseau accepterait-elle une interview dans Valeurs Actuelles ? A priori non. Mais il en va de même pour I24News ! Participer à ce genre d’émissions et de chaînes c’est déjà participer à leur normalisation.

Sur le contenu de l’interview, c’est un euphémisme de dire que la militante écologiste est sur la défensive voire en retrait par rapport aux positions de son parti, Europe-Ecologie Les Verts. EELV a eu dans le passé des positions courageuses et à contre-courant dans son soutien au peuple palestinien ou contre la criminalisation du mouvement de solidarité. Ils ont dans ce sens co-signé une tribune en soutien à notre collectif face aux menaces de dissolution en avril 2021.

Au sujet de la ligne générale d’EELV sur la Palestine, Sandrine Rousseau s’empresse de dire « [qu’il] n’y a pas de malaise entre [leur] parti (Europe Écologie – Les Verts) et Israël ». Elle poursuit en nuançant : « il peut y avoir eu des malaises avec la politique que certains gouvernements ont suivi ». À bien des égards, cette distinction est factice. Dans le récent rapport de 211 pages d’Amnesty International sur l’apartheid israélien, l’ONG de défense des droits humains affirme clairement : « Le système d’apartheid a vu le jour avec la création d’Israël en mai 1948 et a été construit et maintenu au fil des décennies par les gouvernements israéliens successifs sur tous les territoires qu’ils ont contrôlés, quel que soit le parti politique au pouvoir à l’époque. Israël a soumis différents groupes de Palestiniens à différents ensembles de lois, de politiques et de pratiques discriminatoires et d’exclusion à différents moments, en réponse aux gains territoriaux qu’il a réalisés d’abord en 1948, puis en 1967, lorsqu’il a annexé Jérusalem-Est et occupé le reste de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. » Il est regrettable que Sandrine Rousseau ne partage pas ce qui est devenu une évidence.

A propos du boycott d’Israël, Sandrine Rousseau affirme qu’elle soutient « le boycott des produits des colonies » tout en validant l’affirmation du journaliste que le boycott serait « illégal ». Tout d’abord, nous voulons rappeler que le boycott en France n’est en rien « illégal ». Il est criminalisé par les gouvernements successifs mais aucune loi ne l’interdit. Au contraire, la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) a même condamné la France en juin 2020 pour entrave à la liberté d’expression suite à sa condamnation de militant·e·s qui avaient appelé au boycott de produits israéliens. Au sujet de la distinction entre le boycott des produits des colonies et d’Israël dans son ensemble, nous voudrions rappeler à Sandrine Rousseau que cette distinction est rendue inopérante par la réalité. Sans le soutien de l’État d’Israël, la colonisation de la Cisjordanie ne serait pas possible. Comme le souligne l’écrivain Yousef Munayyer : « Il serait ridicule d’avoir soutenu que le boycott des produits des plantations du sud de l’époque de la guerre civile américaine était légitime alors qu’une action contre le gouvernement confédéré ne l’était pas. Bien que l’esclavage et l’occupation soient deux choses très distinctes, ce sont tous deux des systèmes soutenus par l’État qui violent les droits de l’homme. »

Enfin, Sandrine Rousseau affirme rejeter le boycott académique en vantant par exemple un partenariat entre l’université de Lille et l’université de Tel Aviv. Pourtant, le boycott académique est bien partie prenante de la campagne internationale BDS. Une étude publiée par The Alternative Information Center documente que la discrimination est institutionnalisée contre les Palestinien·ne·s dans les universités israéliennes et le système scolaire basé sur la ségrégation. Par ailleurs, ces universités constituent une partie organique de l’institution militaire d’Israël. Par exemple, l’université de Tel Aviv est responsable de l’élaboration de la « doctrine Dayhiya » qui préconise l’utilisation d’une force disproportionnée contre les infrastructures civiles et qui a été mise en œuvre par les forces d’occupation israéliennes dans leurs massacres de Palestinien·ne·s à Gaza.

Les débats de la campagne présidentielle doivent être l’occasion d’avancer des positions anticolonialistes et antiracistes radicales pour reprendre un terme cher à la militante écologiste. Malheureusement, Sandrine Rousseau a raté ce premier exercice. Afin de faire grandir une exigence de justice pour la Palestine dans cette échéance, nous vous invitons à rejoindre la campagne #Palestine2022, notamment en signant sa pétition en ligne.